"Dit du Genji" - Paire de paravents

Hauteur 112 cm - 6 feuilles de 45 cm

Le Genji Monogatari ou « dit du Genji » (« Conte du Genji » - « Roman de Genji ») est une œuvre majeure de la littérature japonaise du XIème siècle attribuée à Murasaki Shikibu.

Le Genji est un fils d’empereur qui ne peut prétendre au trône. Il se trouve donc à l’origine (gen) d’une nouvelle branche (ji) impériale.

Le « Dit du Genji » serait un récit inspiré de faits réels se déroulant à l’époque de Héian. Il narre la vie d’un prince impérial d’une extraordinaire beauté, poète accompli et grand séducteur, très apprécié des femmes.

Bien qu’il soit admit que ce roman s’appui sur des faits réels, il semblerait que Murasaki Shikibu ait également puisé son inspiration dans la vie de Fujiwara no Michinaga (966-1028) un homme d’état réputé.

Le « Dit de Genji » est considéré comme le premier roman psychologique du monde. Même si les coutumes nous semblent étrangères, le caractère des personnages et les situations rencontrées sont tout à fait familières. L’œuvre dans son ensemble est une critique très fouillée et très dure des us et coutumes de la cour de Héian. Mais la position de l’auteur, elle-même membre de la cour donne une vision intérieure et très intime au récit. Nous retrouvons des thèmes bien connus et universels : le mari jaloux, la femme trompée, le séducteur, le pouvoir, l’argent, les différentes classes sociales.

La principale difficulté de lecture réside dans le fait que tous les personnages (plus de deux cents) sont toujours nommés par leur titre dans la cour impériale. Mais l’histoire se déroulant sur plusieurs dizaines d’années, ils évoluent et changent de titre. Les lecteurs et les traducteurs utilisent donc des surnoms afin de suivre les différents personnages du roman.

Il faut garder à l’esprit que ce roman écrit il y a plus de mille ans, décrivant une société aux mœurs très différentes et aux codes particuliers est très éloigné de notre culture.

 

Contexte historique

 

Les religions
Les Japonais pratiquent deux principaux cultes : le shinto et le bouddhisme implanté sur l’archipel depuis quatre siècles environ. Ces cultes se sont souvent influencés et ne s’excluent pas mutuellement.

La Chine
A l’époque du roman, les Song sont les maîtres de la Chine. Mais le rayonnement culturel de la dynastie précédente, les Tang, s’est étendu sur tous les pays voisins. En particulier au Japon où leur littérature est très connue et appréciée et où la langue est pratiquée à la cour. Les chinois sont appelés « hommes de Kara » dans le roman.

La Corée
Moins présente que la Chine, elle est désignée par pays de Koma dans le livre.

 

Les Arts
Si le dit du Genji est souvent qualifié de roman psychologique, il est aussi un recueil précieux des différents arts ponctuant la vie à la cour. Ces derniers faisant partie intégrante du protocole et des réceptions.

Poèmes
Le récit compte environ 800 poèmes japonais (waka). Il était interdit de s’exprimer de façon directe, considérée comme familière et inconvenante (omote et ura). Aussi utiliser des poèmes permettait une expression indirecte tout en montrant la culture des protagonistes.

Calligraphie
La calligraphie et ses différents styles est également un élément culturel fondamental. Le Genji l’utilise pour évaluer la qualité d’une personne féminine. La calligraphie, art majeur au Japon, était indispensable aux personnes de la cour. Les caractères chinois étaient peu utilisés au profit des caractères féminins, les kana. Une calligraphie leur est d’ailleurs dédiée.

Musique
Presque tous les membres de la cour jouent d’un instrument. La cithare équivalent occidental du kin (koto) et le luth sont très présents. Une grande partie du roman décrit de nombreux concerts et relate le plaisir qu’ils apportent.

Peinture
La peinture est également un art majeur de la cour. Même si tous ne la pratique pas, chacun a une bonne connaissance des styles. Un concours de peinture est organisé, où l’Empereur 3ème, très amateur, joue le rôle d’arbitre.

Vêtements
Se vêtir est l’un des passe-temps les plus importants de la cour de Héian. Le Genji choisit ses vêtements avec soin, accorde une grande importance à la concordance et à la qualité des tissus et des couleurs.

Parfums
Les nobles de cette époque se parfumaient beaucoup. Ils parfumaient également les pièces, les vêtements mais également les objets, en particulier les lettres. Les parfums utilisés étaient souvent à brûler, proches de l’encens.

 

Personnages

Le Genji (hiraku Genji, le Genji radieux). Héros de ce roman, homme de goût reconnu unanimement par toute la cour, il use de son charme pour séduire toutes les belles femmes. Il reste un séducteur dans l’âme tout au long du roman. Il atteint sous le règne de son fils illégitime, le titre de Grand Ministre et dirige l’empire.
Titres : Commandant, Général, Grand Conseiller, Ministre du dedans, Grand Ministre.

  • L’Empereur (l’Empereur Kiritsubo, litt. Empereur du pot aux paulownias), est le père du Genji, régnant au début du roman. Il se retire pour laisser son fils, le frère du Genji, régner.
  • La Dame du clos aux paulownias (litt. Dame de cour du pot aux paulownias), est la mère du Genji que l’Empereur a aimé passionnément. Ne bénéficiant pas de soutient à la cour elle n’a pu assurer une position sûre à sont fils. Elle n’a pas d’autres enfants.
  • La Dame du clos aux glycines (Fujitsubo, litt. seconde épouse du pot aux paulownias). Princesse de haut rang dont l’Empereur s’éprend lorsque la Dame du clos aux paulownias s’éteint. Elle ressemble de façon troublante à cette dernière. Le Genji lui voue une passion coupable toute sa vie et aura un enfant avec elle. Rongée par le remords elle se retire du monde après la mort de l’Empereur.
  • Dame Aoi (Ai no ue, litt. Dame des Mauves). Première épouse du Genji. Elle est la fille d’un ministre et sœur du commandant en chef du secrétariat. Elle est un peu plus agée que le Genji. Elle meurt peu de temps après la naissance de l’enfant du Genji, hantée par un esprit maléfique.
  • Commandant en chef du secrétariat (Tõ no Chujo, litt. chef lieutenant général, le seigneur gardien des sceaux). Il est le frère de la Dame Aoi et ami du Genji. Il est promu progressivement jusqu’aux plus hautes sphères de l’état parallèlement au seigneur Genji. Il est son éternel rival tant au plan des conquêtes amoureuses que des affaires de l’état. Il dirige l’Empire dans les faits pendant une grande partie du roman.

Titres : Moyen conseiller surnuméraire, Grand Conseiller, Général de la droite, Ministre du dedans, Grand Ministre.

  • La Dame de la sixième avenue (Rokujo no Miyasu Tokoro, litt. Lieu honorable de la sixième avenue). Elle est l’épouse du frère ainé de l’Empereur du clos aux paulownias, décédé avant le roman. L’Empereur veille particulièrement sur elle en mémoire de son frère défunt. Amante du Genji, sa jalousie envers la femme de ce dernier, Dame Aoi sera responsable de sa mort par l’acharnement d’un mauvais inspiré par elle.
  • Dame Murasaki (litt. Dame du grémil) souvent référée par Dame de la Deuxième avenue ou Dame de Céans. Elle est la nièce de la dame du clos aux glycines que le Genji rencontre par hasard dans un monastère où son père, ministre délégué aux affaires militaires, l’a placée et dont il ne s’occupe pas. Elle est encore très jeune mais au décès de sa grand-mère il la fait enlever et la loge chez lui, dans sa résidence de la deuxième avenue afin d’entreprendre son éducation dans le but d’en faire une épouse idéale et du meilleur goût. Le personnage a une telle présence dans le lire que l’auteur reçoit de la part de la cour de l’époque le nom de la dame comme surnom. Elle est l’un des tout premiers personnages si ce n’est le plus important. Si elle accepte pratiquement tous les écarts de conduite du Genji, elle lui reproche souvent sa légèreté et son inconstance. Il s’appuie sur elle en toutes circonstances et la place devant toutes les autres femmes pour toutes ses qualités.
  • Le Second Empereur (Suzaku-tei, litt. Empereur Suzaku). Il est le demi-frère du Genji. Il admire son jeune frère et le protège, même lorsque sa mère la Dame Kokiden essaie de l’évincer. Cette dernière finit par obtenir ce qu’elle souhaite lorsque le Genji séduit une de ses maîtresses, ce qui lui vaut l’exil. Mais lorsqu’il revient il le rétablit dans toutes ses fonctions. Il finit par se retirer dans la montagne laissant le trône au fils illégitime du Genji. A la fin de sa prie il se montre très soucieux concernant le sort de sa fille préférée et arrange un mariage avec le Genji.
  • Le Troisième Empereur. Il est le fils illégitime du Genji et de la Dame du clos aux glycines. Il est désigné héritier du trône par son père putatif, l’Empereur Kiritsubo. Il présente une très forte ressemblance physique avec son père et nourrit de nombreux doutes concernant sa véritable ascendance. Il finit par apprendre la vérité par un moine confident de sa mère. Il s’en ouvre à son père et lui propose le trône. Celui-ci refuse mais gagne considérablement en influence.
  • La Belle du Matin (litt. Visage du matin, le nom désigne également les ipomées dont les fleurs s’ouvrent le matin). Elle est la fille du Prince directeur aux rites du début du roman et une obsession pour le Genji car elle est la seule qui se soit toujours refusée à lui. Elle devient la deuxième prêtresse de Kamo.
  • La Belle du Soir (litt. Visage du soir mais le terme désigne aussi la courge bouteille dont es fleurs s’ouvrent au crépuscule). Elle est une ancienne maîtresse du commandant chef du secrétariat que le Genji séduit et qui meurt accidentellement dans sa demeure. Elle a une fille qui sera recueilli par le Genji plus tard.
  • La Fleur dont se cueille la pointe (Suetsumu hana, ancien nom de la carthame des teinturiers). Elle est la fille du gouverneur d’Hitachi. Le nom de ce personnage a une double signification : à la fleur éponyme mais c’est également un subtil jeu de mot car en japonais les mots nez et fleur se prononcent de la même façon, hana bien que les caractères soient différents. La dame a un très long nez que le Genji aperçoit un matin d’hiver. Le Genji utilisera plusieurs fois de malveillantes allusions faisant référence à la laideur de ce nez. Cette dame aux habitudes désuètes ne brille pas par sa poésie mais elle montre une grande dignité et une admiration sans faille pour le Genji. Bien qu’il soit touché par ces qualités humaines il montre toujours une certaine cruauté envers elle.
  • La Dame d’Akashi. Elle est la fille d’un prêtre d’Akashi et d’une noble dame. Elle n’a pas vraiment sa place à la cour du fait de sa modeste naissance. Elle a une fille avec le Genji, mais pour ne pas lui porter préjudice du fait de ses origines elle accepte de la laisser aux soins de Dame Murasaki à la demeure du Genji. Plus tard elle sera installée à la résidence et verra sa fille plus souvent. Lorsqu’elle sera élevée au rang d’épouse impériale elle vivra au palais et sera finalement acceptée par tous.
  • La Dame du séjour où fleurs au vent se dispersent. Elle est une dame plus agée que le Genji tient en haute estime. Elle est la sœur d’une épouse impériale de son père, elle sera l’amante du Genji et il l’installera dans sa résidence de la sixième avenue. Cette dame a une relation particulière avec lui et il existe une grande tendresse entre eux. Il a confiance en elle et lui confie un temps l’éducation de son fils.
  • Le Seigneur fils du Genji (Yugiri, la brume du soir). Il est le fils du Genji et la Dame Aoi. Elle meurt peu de temps après sa naissance et il est élevé par sa grand-mère la grande princesse. Il prend au fil du roman une importance croissante car il est appelé aux plus fonctions à la cour. Il est l’ami d’enfance du fils du commandant en chef du secrétariat et il est amoureux depuis l’enfance d’une sœur de ce dernier. Il est brillant, beau sans éclipser son père, il a beaucoup de succès avec les femmes. Son père le tient en permanence à l’écart de Dame Murasaki car il craint sa concurrence. Bien que les contacts soient rares et furtifs, il est subjugué. Son parcours politique à la cour est fulgurant, aidé par son père et servi par ses qualités

Titres : Chambellant, Commandant, Conseiller, Moyen Conseiller, Surnuméraire, Général de la droite, Grand Conseiller, Général de la gauche.

  • La Petite Demoiselle, file du Genji et de la Dame Akashi.
  • La Demoiselle fille du commandant en chef du secrétariat (Tamakazura, la parure précieuse), recueillie par le Genji, elle épouse le Général de la droite.
  • La Demoiselle fille du commandant chef du secrétariat. Elle est l’amie d’enfance de Yugiri et se marie avec lui.
  • Le Fils du commandant chef du secrétariat (Kashiwagi, le Chêne). Il est l’ami d’enfance de Yugiri. Il tombe amoureux de la femme du Genji, l’épouse troisième et la fréquente dans le plus grand secret. Ils auront un enfant, Kaoru. Il meurt avant sa naissance d’un mal inconnu qui l’affaiblit progressivement. Le Genji attribue ce mal à la culpabilité qui le ronge.
  • La prêtresse d’Isé. Elle est la fille de la Dame de la sixième avenue. Elle a éconduit le Genji après son désintérêt pour sa mère. Elle devient impératrice en épousant le fils du Genji.
  • La dame du Kokid
  • La Régente du service intérieur.
  • Le général de la droite.
  • Les Serviteurs. Tous ces personnages ont une véritable armée de serviteurs autour d’eux. Leur discrétion fait quelque fois oublier leur présence mais ils sont indispensables.

Lieux
Résidence de la deuxième avenue. Première résidence du Genji.

  • Résidence de l’est
  • Résidence de la sixième avenue. Lorsque que le Genji commence a avoir un poste important il se fait construire une nouvelle résidence à sa mesure. Il la crée suivant quatre directions avec un jardin associé à chaque saison. Ses dames les plus proches y sont logées. Une des ailes de la résidence est constituée de l’ancienne résidence de la Dame de la sixième avenue, elle revient donc à sa fille l’Impératrice.

Aile nord ouest – hiver – Dame d’Akashi

Aile nord est – été – Dame du séjour où fleurs au vent se dispersent

Aile sud ouest – automne – l’Impératrice, fille de la Dame de la sixième avenue

Aile sud est – printemps – Dame de Céans, là où réside le plus souvent le Genji.

Le « Dit du Genji » se compose de 54 livres, Jõ.

chapitres, et fut effectuée à partir de la version anglaise de A.Waley, le texte original ancien et la traduction moderne en japonais d’Akiko Yosano.

 

Inspiration dans les arts

Peinture
Le « dit du Genji » est un thème très prisé et très utilisé dans la peinture japonaise, en particulier dans le mouvement yamato-e à l’époque de Héian, la peinture sur panneaux de l’école de Tosa ou des estampes ukiyo-e. Minamoto no Morotoki mentionne déjà des peintures inspirées du Genji en 1119. L’œuvre la plus ancienne sont les Rouleaux illustrés du Dit de Genji (environ 1120-1140), un emaki typique de l’art de la cour de Héian caractérisé par ses pigments riches apposés sur toute la surface du papier (tsukuri-e) ainsi qu’une atmosphère intimiste, nostalgique comme suspendue dans le temps. D’autres représentations sur rouleaux, panneaux ou paravents sont mentionnées à l’époque de Kamakura mais le thème devient vraiment classique au XIVème et XVème siècle (époque Muromachi).
De nombreuses représentations des écoles de Tosa et Kano restent encore visibles. Ces peintures sont généralement désignées comme Genji-e (litt. « Peinture de Genji »).

Culture contemporaine
Le « Dit du Genji » reste un thème très populaire. Il a inspiré plusieurs mangas comme Asaki yume mishi de Waki Yamato ou les œuvres de Miyako Maki, Hõsei Hasegawa ou Tatsuya Egawa.
Au cinéma, le Roman de Genji (1951) est un film de Kõzaburõ Yoshimura proposant une interprétation du thème classique mélangeant les cultures médiévales et contemporaines.
Citons également le film d’animation expérimental de Gisaburõ Sugii : Murasaki Shibuku Genji Monogatari (1987) ainsi qu’une autre adaptation de 2009 par le studio TMS-Tezuka Production, Genji Monogatari Sennenki (série en 11 épisodes).
Au théâtre certains des chapitres les plus célèbres « Yungao » ou « Suhetsumuhana » ont été adaptés par des metteurs en scène contemporain japonais et occidentaux.