Enfant Jésus Goa

Statuette Jésus Bon Pasteur en ivoire de Goa sur un piédestal. Il est nu, sa tête est ronde et son visage légèrement incliné. Ses cheveux sont sculptés en fines mèches serrées formant des boucles. Ses yeux en amande, son regard fixe suggèrent une attitude mystique et pensive. L’Enfant est assis, profondément absorbé dans une expression de méditation. Selon la représentation classique des Salvator Mundi (« Sauveur du Monde ») il tient un globe terrestre dans une de ses mains et appuie le visage sur l’autre, l’index et le majeur tendu en signe de bénédiction et de dignité souveraine.

Il est assis sur un rocher à 3 degrés, représentant des moutons, divers animaux et végétations, une fontaine et une femme allongée. Les 3 étages du rocher évoquent la trinité chrétienne mais aussi la trimūrti indienne.

Sur la partie inférieure est étendue Marie Madeleine, une femme aux cheveux long, lisant. Elle est une allusion au bouddha couché, elle a la tête appuyée sur sa main droite. Cette posture de Marie Madeleine avait tout pour plaire tant aux fidèles bouddhistes que chrétiens, qui en retiraient toutefois des interprétations différentes. Couchée et posant comme Bouddha, Marie-Madeleine présente d’autres similitudes avec celui-ci : née dans une famille noble, orpheline de père, elle aurait été entrainée dans une vie de bohème et de luxure, se transformant en symbole d’amour après sa rencontre avec Jésus-Christ et mariant ainsi deux facettes, l’une profane et l’autre sacrée.

L’envers du piédestal présente un décor incisé de croisillons qui peut être une évocation de la montagne. Cette forme n’est pas sans rappeler les temples indiens du Sud notamment ceux de l’empire de Vijayanagar. On observe la même forme pyramidale composée d’étages superposés sur lesquels sont représentées diverses scènes.

L’histoire chrétienne de Goa commence en 1510 avec les premiers Portugais. Très vite, les ordres religieux vont s’établir : dès 1517, les Franciscains s’installent, suivis des Dominicains en 1547 et des Augustins en 1572. Le territoire se couvre d’églises, Goa devient au XVIe siècle la « Rome de l’Orient ». La production d’ivoires chrétiens s’est poursuivie à Goa et est devenue un important producteur de produits de luxe et un centre commercial. La ville avait toujours été un pôle d’attraction pour les artisans de toute l’Inde. Sculptés dans la colonie portugaise les ivoires incarnent l’imbrication des traditions décoratives et figuratives européennes, indiennes et asiatiques.

Les sculptures d’Enfants Jésus Salvator Mundi furent diffusées en Europe au cours du XVe siècle par la ville flamande de Malines dans le contexte de renouveau spirituel de la Devotio Moderna qui s’appuyait sur la dévotion méditative et l’humanité de Dieu. Ces représentations et diverses gravures des XVIe et XVIIe siecles furent les premières à voyager jusqu’en Orient, par l’intermédiaire des aventureux voyageurs, des commerçants et des missionnaires portugais. Elles constituaient le moyen le plus intelligible pour évangéliser les peuples orientaux. La pièce présentée ici est inspirée de ce modèle européen, ainsi que de la représentation bouddhique du thème de l’Enfant Jésus Bon Pasteur, d’ascendance iconographique indo-portugaise. En effet, leur position assise, les jambes croisées et non debout comme la représentation du modèle de Malines, de même que leur attitude de méditation, évoque le modèle indo-portugais. Le Bon Pasteur est le résultat d’un processus de création qui utilise des éléments connus et européens, pour aboutir à un ensemble tout à fait nouveau, une image recomposée et dont on ne trouve aucun modèle dans l’art occidental.

 Travail indo-portugais, XVIIIème siècle

Hauteur : 13 cm – Longueur : 5,2 cm – Largeur : 4,2 cm