Paire de Paravents

 

Paire de paravents à décor peint sur papier. Les paravents sont constitués de six feuilles représentant des personnages dans un paysage agrémenté de pins et rehaussé de feuilles d’or. Sur chacun d’eux figure un cerisier en fleur, indiquant que la scène se déroule au début du printemps.

Sur le premier paravent, plusieurs groupes de personnages tenant chacun un bouquet de fleurs à la main jouent et discutent. Sur la quatrième feuille, deux jeunes femmes assises semblent recevoir des fleurs de la main d’un homme agenouillé, tandis que deux autres personnages sur la droite les regarde.

Sur le second paravent, un couple accompagné de leur maisonnée semblent admirer la floraison des cerisiers. Ils sont représentés en miroir des deux femmes du premier paravent : situés sur la quatrième feuille, ils sont également assis, et accompagnés d’un groupe de trois personnages sur la droite placés dans une position similaire au groupe du premier panneau.

Les deux scènes représentées sont issues du livre Le Rêve dans le Pavillon Rouge. Dernier des quatre grands romans de la littérature classique chinoise écrit par Cao Xueqin au milieu du XVIIIe siècle durant la dynastie Qing, c’est un véritable chef-d’œuvre de littérature.Œuvre autobiographique, elle retrace le prestige social, la puissance politique puis le déclin de la famille des Cao.

Ce roman se concentre sur la famille aristocratique mandchoue des Jia et notamment sur l’amour entre le jeune héros Jia Baoyu et sa cousine Lin Daiyu (amour contrarié par la mort de cette dernière). Ce drame prédestiné prend sa source dans une vie antérieure.

L’histoire débute lorsque qu’un mystérieux Roc fut abandonné par la déesse Nugüa après qu’elle ait réparé une brèche accidentelle dans la voûte céleste. Plus tard, un mystérieux Bonze bouddhiste (symbole de Renoncement aux plaisirs) et un Moine taoïste (symbole de la Modération des plaisirs) vinrent s’assoir à l’ombre du Roc en discutant vivement « de la gloire, du luxe, de la richesse et des honneurs du monde des poussières rutilantes ». Empruntant le langage humain, le Roc supplia le Bonze et le Moine de lui faire connaître les jouissances du monde des humains. Le Bonze et le Moine lui répondirent alors qu’ils l’emmèneraient avec eux mais qu’au terme de ses épreuves, il reprendra sa nature primitive, c’est-à-dire celle de Roc.

Bien plus tard, au sein d’une illustre famille aux richesses inouïes, proche du pouvoir impérial et exerçant pour celui-ci de grandes charges d’État, naquit un enfant mâle, incarnation humaine du Roc, à qui l’on donna aussitôt le nom de Jia Jade Magique, en chinois Jia Baoyu.La très nombreuse famille  des Jia se divise en deux branches maîtresses : celle qui habite le Palais de la Paix de l’État (宁国府 / 寧國府, Níngguó fǔ) et celle qui habite le Palais de la Gloire de l’État (荣国府 / 榮國府, Róng guófǔ). Les deux palais, avec leurs éblouissants jardins, sont deux immenses résidences adjacentes, et ce sont sans doute ces dernières qui sont représentées sur chacun des deux paravents.

Les byōbu (paravents japonais faits de plusieurs volets articulés) gagnent en popularité à l’époque Edo grâce à l’intérêt croissant de la population pour l’art et l’artisanat. Ces paravents décorent les maisons des samouraïs et des classes aisées : ils annoncent le rang, la richesse et le pouvoir du propriétaire.

Cet intérêt croissant entraîne des changements importants dans leur fabrication : décors faits de feuille d’or et peintures colorées représentant la nature et des scènes de la vie quotidienne.

Les byōbu se distinguent selon leur nombre de feuilles. Le paravent à six feuilles est appelé le rokkyoku byōbu.

 

Japon – Période Edo (1603 – 1868)

Hauteur : 124, 3 cm – Longueur :  6x 52 soit 312 cm – Largeur : 52 cm