Potiche Wucai

Un parangon de l’art de la porcelaine chinois
Cette potiche constitue un parangon de l’art de la porcelaine chinois du XVIII° siècle. En effet la Chine s’est illustrée par sa maîtrise et son raffinement dans le travail de la céramique, en particulier de la porcelaine. Cette dernière est une variété de céramique dont la composition diffère d’une céramique dite « plus classique ». La porcelaine est compacte et imperméable. Elle est uniquement fabriquée à partir de kaolin, une argile primaire naturellement blanche, à laquelle on ajoute de la « pierre à porcelaine » soit une variété de silice. La pièce est cuite autour de 1400C°, favorisant ainsi une vitrification totale, la silice ayant fondue à l’intérieur et à l’extérieur. 
La forme de la potiche est obtenue par moulage. Il s’agit ensuite d’apposer le décor à couverte. Les couleurs sont obtenues à partir d’oxydes qui agissent comme colorants selon l’atmosphère de cuisson. Dans le cas des porcelaines chinoises est retenue la technique de la cuisson à réduction ; les différentes nuances de rouge étant obtenues à partir d’oxyde de cuivre, les verts avec un oxyde de fer, tandis que les bleus sont réalisés à partir d’oxyde de cobalt. Les décors sont légèrement incisés puis est appliquée la couverte qui, par cuisson à réduction, va devenir transparente. Les décors sont ainsi révélés. 
Cette potiche appartient à la famille des wucai. Les wucai sont caractérisés par une absence de lignes de motifs, mais, à la différence des traditionnelles porcelaines bleues et blanches, les wucai se définissent par une association de 5 couleurs qui sont peintes à la main. Les couleurs dominantes sont en effet le bleu et le vert   sont cependant rehaussés de rouge, de jaune, le blanc étant la cinquième couleur. 
Une période propice à l’émergence de nouveaux styles. 
La porcelaine traditionnelle bleue et blanche est connue en Chine dès le XIV° siècle sous la dynastie Ming. Cette dynastie favorise l’accès à de nouveaux décors et techniques toujours plus élaborés, encouragé par la politique de grands empereurs.  Cela s’explique par le développement important des interactions avec l’Europe, dont l’attraction pour ces « chinoiseries » est étroitement liée au cosmopolitisme ambient et à la mode orientalisante. Une nouvelle pratique de cadeaux d’objets de porcelaine aux cours étrangères est effectivement mise en place par l’Empereur Kangxi, diffusant ainsi le goût pour ces objets. C’est ainsi fin de répondre à la demande croissante des cours étrangères que de nouvelles formes et de nouveaux décors sont créés.
Sous la dynastie Ming (1368-1644), la manufacture de Jingdezhen établit sa primauté, introduisant en outre de nouveaux motifs. C’est d’ailleurs au XV° siècle sous le règne de l’empereur Chenghua (1465-1487) qu’apparaissent les décors wucai, catégorie à laquelle est apparentée cette potiche. Ces wucai rencontrent un succès important au point de devenir caractéristiques du règne de l’Empereur Wanli (1573-1620). Cet objet daté entre 1650 et 1660 appartient cependant à la période dite de Transition, plus précisément sous la dynastie T’sing au règne de Tchouen-tche (1644-1661). La porcelaine est alors principalement destinée à une clientèle de lettrés ou à l’exportation. De fait les décors sont élaborés à partir de sujets tirés des légendes religieuses ou de la littérature historique.
Cette nouvelle liberté ornementale est donc intrinsèque à l’émergence du wucai, dont les progrès considérables à la fin de la période de Transition évoluent vers des décors d’émaux de la famille verte caractérisées par la présence de plusieurs nuances de vert.
Une potiche forte de symboles.
L’ensemble de la panse du vase est figuratif. Toutes les scènes représentées sont successives et se déroulent vraisemblablement dans un jardin, chaque scène étant séparée par une roche. Le col de la potiche est orné de motifs floraux. Le couvercle est lui aussi décoré de personnages dans un espace verdoyant. La figuration narrative de la panse se déroule en trois étapes.
La face A présente deux dames de la cour face à face. Leur rang est identifiable à la richesse des décors apposés sur leurs vêtements. L’une d’entre elle est représentée de trois-quarts et tient dans sa main droite une branche de cerisier, symbole du printemps, qui justifie la suite des événements narrés sur cette porcelaine. L’autre femme est vêtue d’un manteau pourpre. Autour de ces femmes, on note la présence d’enfants masculins, leur sexe étant caractérisé par leur coiffure, soit un crâne chauve, garni d’un toupet de cheveux à l’avant. Certains de ces enfants sont en mouvement et effectuent peut-être une danse.
La face B est quant à elle largement plus significative. En effet la scène se déploie de gauche à droite et présente la femme en pourpre tenant dans ses bras un enfant. Elle est également entourée d’enfants dont l’un vêtu de jaune joue des cymbales. Ces personnages forment une procession à droite de laquelle se tient un lion. Il s’agit en fait d’un costume porté par deux personnes, évoquant ainsi la danse du lion effectuée lors de certaines occasions comme ici la fête des enfants. Cette fête se tient généralement au printemps d’où l’image de la branche de cerisier, symbole du printemps, sur la face A de la potiche. Cette danse est par ailleurs une référence mythologique et appartient à un répertoire décoratif fréquent dans les porcelaines de la période dite de Transition. Il s’agit en effet d’une danse apportant Bonheur et Prospérité et qui trouve son origine dans un mythe antérieur à la période Tang (618-907). La légende veut qu’un lion soit descendu des montages pour se nourrir dans un village. Les adultes, effrayés, auraient fui le village laissant derrière eux les enfants dissimulés. Le lion attiré par ces enfants aurait suscité un mouvement de panique, source d’un lourd fracas, le poussant à la fuite. La tradition veut que soit effectuée une danse du lion en mémoire de ces évènements. Par ailleurs, la couleur du lion n’est pas anodine. Le choix du jaune, outre la possible volonté de réalisme, symbolise surtout la bienveillance et la puissance de l’empereur, témoignant ainsi d’une certaine propagande impériale dans les milieux lettrés.
La face C représente quant à elle la fin de la procession. La femme vêtue de pourpre est toujours présente, entourée d’enfants, cette fois-ci dansants. Cette scène est surmontée dans un registre supérieur de montagnes émergeant d’une strate de nuages. Ces montagnes ont une symbolique double. Il s’agit avant tout de la représentation légendaire de la montagne dont le lion est descendu. La seconde symbolique est à rattacher au taoïsme dans lequel les montagnes sont les vecteurs de la prospérité et de la vie éternelle.
Le couvercle de la potiche est orné de serviteurs, reconnaissable à leurs vêtements trop grands et représentés dans un espace verdoyant et pittoresque.
L’ensemble des décors met ainsi en lumière le public auquel ces porcelaines sont destinées. Les représentations symboliques montrent bien qu’elles s’adressent à un public de lettrés et cultivé, tandis que les représentations naturelles correspondent aux paysages pittoresques des chinoiseries très en vogue dans les cours européennes.
Chine 1650-1660
Hauteur : 40 cm – Diamètre 26 cm

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