HANAKAGO HAUT – SHŌWA
Référence : 2026-1502
Panier à ikebana (hanakago) en vannerie de bambou et de rotin recouverts d’un vernis de laque clair avec son otoshi (vase intérieur) en section de bambou laquée. Le tissage du corps en maille droite et symétrique. La longue anse en partie torsadée est maintenue au corps même par un tissage torsadé et symétrique.
La base porte une signature.
L’art de travailler le bambou prend ses racines, au Japon, au cours de la période Jōmon (13 000 – 400 av. J.-C.) : la première de ces réalisations en bambou fut en effet découverte sur le site de Korekawa dans la préfecture d’Aomori, située dans le nord de Honshu, la plus grande des îles du Japon. Fait de lamelles de bambous tressées puis laquées selon la technique dite rantai et datée de la fin de la période Jomon, ce récipient témoigne du développement, il y a plus de 3000 ans, de techniques de tressage de bambou ainsi que de la pratique du laquage, laquelle fut, et est encore caractéristique de l’art japonais. La vannerie de bambou se poursuit au cours des périodes Yayoi (800 – 400 av J.-C. – 250 ap J.-C.) et Kofun (250 – 538) sous la forme de peignes ornementaux. C’est à partir de l’époque de Nara (710 – 794) qu’apparaissent les premiers ouvrages en bambou destinés à la décoration florale, notamment durant le règne de l’empereur Shomu (701 – 756). Cette mode s’accélère à partir du XVe siècle, durant l’époque de Muromachi (1336 – 1573) : la fin de règne du shogun Ashikaga Yoshimitsu (1358 – 1408) voit l’ouverture du Japon au commerce avec la Chine des Ming (1368 – 1644), et ainsi l’arrivée d’objets chinois, les karamono, dans les grands centres urbains de l’archipel. Parmi ces objets, dont la réalisation remonte pour certains à la dynastie Song (960 – 1279), se trouvent ainsi nombre de vanneries de bambou, destinées à recevoir des fleurs dans le cadre des cérémonies du thé. Importé de Chine dès le XIIe siècle par des moines bouddhistes japonais, et plus spécifiquement par le moine zen Eisai (1141 – 1215), le cérémonial attaché au service du thé évolua entre les époques Muromachi et Azuchi Momoyama (1573 – 1603) : initiés par le moine zen Murata Shuko (1422 – 1502), ces changements attinrent leur apogée sous l’influence du maître de thé Sen no Rikyu (1522 – 1591), lequel formalisa définitivement le chanoyu, la cérémonie du thé japonaise encore pratiquée aujourd’hui. L’austérité caractérisant désormais cette cérémonie, en contraste avec son homologue chinoise originelle, se retrouve également dans les objets utilisés au cours de sa réalisation, et notamment dans l’esthétique des paniers en bambou. Ainsi, à cette utilisation de karamono ostentatoires, succède le développement d’une vannerie de bambou aux formes simples et exemptes de décors. Rikyu lui-même fut d’ailleurs l’instigateur d’un type de vannerie de bambou : le katsurakago. Réceptacle destiné à contenir des fleurs en guise de décoration murale, il était à l’origine le panier d’un pêcheur de la rivière Katsura, près du village d’Edo, devenu la ville de Tokyo en 1868, au cours de la première année de la restauration Meiji. C’est au cours du XVIIIe siècle, durant l’époque d’Edo, qu’un nouveau changement de paradigme dans la cérémonie du thé entraina un renouveau de la vannerie de bambou. Ce changement, instigué par Baisao (1675 – 1763), moine bouddhiste zen, fut celui de la pénétration du thé infusé chinois, le sencha, sur le territoire japonais, et le développement d’un nouveau cérémoniel : celui du senchado, de la « voie du sencha ». Le cérémoniel se développant autour de cette nouvelle façon de préparer et de consommer le thé se nourrie également des apports chinois, et plus spécifiquement de la cour des Ming (1368 – 1644). Atteignant l’archipel nippon par le biais des villes portuaires de l’île de Kyushu, Nagasaki notamment, et gagnant les grands centres urbains par l’effort des communautés de marchands chinois basés dans ces ports, ces apports touchent également le domaine de la vannerie. De fait, la cérémonie du senchado, par ses racines chinoises, permet un retour de l’esthétique hautement décorative des karamono, ceux-ci étant largement prisés par les nouvelles élites japonaises sinisées, les bunjin. Ce retour du goût pour les œuvres chinoises permet le développement d’un artisanat de local s’inspirant de l’ornementation caractéristique des karamono. Un nouveau corps de métier voit ainsi le jour, celui des kagoshi, artisans spécialisés dans la reproduction de la vannerie chinoise, ces reproductions locales prenant l’appellation de karamono utsushi. Cette pratique se développe et s’accentue jusqu’à l’avènement de l’ère Meiji (1868 – 1912).
Enfin, les évolutions contemporaines de la vannerie de bambou, notamment à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale, se caractérisent, au fil des décennies, par un abandon progressif de l’aspect fonctionnel historique des hanakago et un recentrage sur la production d’œuvres dont l’esthétisme des formes abstraites est mis sur le devant de la scène. Cette évolution esthétique de la vannerie de bambou japonaise se met ainsi en branle à partir des années 1950 : c’est en 1956 que le maitre vannier Shono Shounsai (1904 – 1974) crée un nouveau type de panier à fleurs, le Doto (Vague déferlante). Celui-ci, par ses formes évoquant la crête des vagues de l’océan, entame ainsi le processus de passage d’arts purement décoratifs à de véritables sculptures en bambou. La première véritable sculpture en bambou est réalisée une décennie plus tard, en 1960, par Maeda Chikubosai II (1917 – 2003) : il s’agit de l’œuvre Ryudo (Couler). Ce développement, cet abandon progressif de la fonctionnalité, ne se poursuit réellement qu’à partir du dernier quart du XXe siècle : c’est ainsi que Tanabe Chikuunsai III (1940 – 2014) réalise, en 1965, une sculpture de bambou en forme de roue, le Rinsho.
Japon – Ère Shōwa (1926-1989)
Hauteur sans anse : 31,5 cm / avec anse : 51,5 cm – largeur : 15 cm – profondeur : 11 cm

























