BOITE KOBAKO PECHE FLUVIALE – EDO

Référence : 2026-1476

Boîte kobako de forme rectangulaire en laque nashiji d’or densément saupoudrée (tsumemaki) décorée sur son couvercle de scènes d’un pavillon dans un paysage karstique figuré selon la technique du takamaki-e, parsemé de pins (matsu), les détails du paysage étant réhaussés de carrés d’or selon la technique du kirigane, au bord d’un fleuve dont les courants sont représentés par de fins traits de laque d’or. Un pont sur pilotis coupe transversalement la scène et relie trois ilots, accentuant l’effet de profondeur. Un trio de montagne se distingue en arrière-plan sur un fond en tsumemaki, au-dessus desquelles un banc de nuages dérive devant un cercle doré évoquant le soleil. Des bateaux et barques de pêcheurs, figurés pour la plupart de façon que seules les voiles sont visibles, voguent sur les flots.

Les côtés sont pareillement décorés d’une scène continue de pêche et de huttes de pêcheurs parmi les flots en hira et takamaki-e sur fond de tsumemaki.

L’intérieur du couvercle est décoré d’une composition florale dans une vannerie destinées à l’ikebana (hanakago) sur un fond en tsumemaki. On reconnaît des branches fleuries et bourgeonnées de pruniers japonais (ume), des chrysanthèmes (botan) dont les feuilles sont figurées en laque rouge réhaussée d’or, des feuilles de bambou nain (sasa), ainsi que des cymbidium (shunran).

L’intérieur de la boîte est en tsumemaki d’or.

L’envers de la boite porte la signature « Yanagawa Keigyoku ? » (柳川景玉 ?) en laque d’or.

La fleur de prunier est un motif traditionnel de l’art japonais. Elle se retrouve sur de nombreux objets ou leur donne sa forme. Le musée national des châteaux de Versailles et de Trianon possède ainsi un superbe plateau à cinq pieds en forme de fleur de prunier, ayant appartenu à la reine Marie-Antoinette. Ume, ou fleur de prunier, est une autre fleur japonaise très appréciée et célèbre. La fleur de prunier est l’une des premières à fleurir chaque année, généralement à la fin de l’hiver ou au début du printemps, symbolisant la résilience et le renouveau. Les fleurs de prunier sont un signe que le printemps est en route, apportant espoir et joie après les froids mois d’hiver. Les fleurs de prunier ressemblent beaucoup aux fleurs de cerisier, mais se distinguent par leurs pétales, plus arrondis et dépourvus d’encoches. Les fleurs de prunier ont également un parfum doux et délicat qui attire les humains et les pollinisateurs. Ils varient en couleur du blanc au rose foncé et sont souvent utilisés dans les arrangements floraux et comme motifs artistiques dans les peintures, les céramiques et les textiles.

Le chrysanthème (kiku) n’est pas seulement l’emblème héraldique de la famille impériale japonaise mais aussi une fleur a l’histoire complexe s’imbriquant avec l’histoire de l’archipel. Il est décrit pour la première fois par Jacob Breynius en 1689, toutefois la plante doit son nom a Carolus Linnaeus qui lui donna son nom : « Chrys » signifie en grec « doré » et désigne la couleur d’origine de la fleur. « Anthemon » signifie fleur, le chrysanthème étant donc la fleur dorée. Loin d’être le symbole funeste qu’il est en occident, le chrysanthème au Japon est avant tout un signe de pouvoir mais aussi un signe de longue vie et de bonheur. Celle qu’on appelle donc aussi la « fleur d’or » est originaire de Chine et fait son apparition au Japon sous l’ère Nara où elle est longtemps considérée comme une plante médicinale pour soulager la fièvre. Pour comprendre d’où vient la symbolique du chrysanthème, il faut remonter aux années 1500 à 1400 avant J.C. Les chrysanthèmes étaient alors déjà cultivés en Chine tant qu’herbe aromatique fleurie. Il était alors considéré comme une plante noble dotée de pouvoirs particuliers. Si particuliers que seuls les nobles étaient autorisés à cultiver cette plante dans leurs jardins. Le Chrysanthème se retrouve d’ailleurs sur les plus belles porcelaines chinoises, peints dans un style raffiné. De façon générale, le chrysanthème est en Chine symbole de noblesse. Ce n’est qu’au VIIIe siècle, que le chrysanthème est introduit au Japon et élevé par l’empereur au rang de symbole national. Il servira également de source d’inspiration pour le sceau impérial. C’est donc sous l’ère Heian que la famille impériale s’y intéresse, créant même une fête en son honneur. C’est le 9 septembre, soit le 9e jour du 9e mois qu’est organisé au sanctuaire Kamigamo à Kyoto le festival annuel “chōyō no sekku”, ou festival des chrysanthèmes. Après la cérémonie, une danse liturgique de prêtres, armés d’un arc et de flèches et déguisés en corbeaux blancs, a lieu. Suite à cela, les enfants des environs sont invités à faire des combats de sumo dans l’enceinte du temple.  Alors que la fleur est populaire dans tout l’archipel depuis longtemps déjà ce n’est qu’au XIIIe siècle, que l’empereur Go-Toba décide d’utiliser la forme à seize pétales comme emblème de la famille impériale. L’héraldique du chrysanthème représente tout à la fois la personne de l’empereur, la famille impériale et le peuple japonais, on dit même que pour honorer les empereurs, leur trône était jadis entièrement recouvert de chrysanthèmes. La cour japonaise est donc également connue sous le nom de « trône du chrysanthème ».  Alors qu’elle était initialement l’apanage de l’aristocratie japonaise, la culture du chrysanthème se développe considérablement sous l’ère Edo (1600- 1868) à partir de la ville impériale de Kyoto. De nombreuses personnes se spécialise dans la culture et la création de nouvelles variétés de chrysanthèmes et expose leurs productions lors de « présentations », dans des auberges traditionnelles et dans des temples de Kyoto. Toute information, forme, couleur des fleurs, nom de la variété́, ou même le prix étaient consciencieusement notés dans un registre. Bien que surtout présente sur la ville impériale de Kyoto entre 1688 et 1703, la culture du chrysanthème se répandit ensuite à travers tout le pays. De plus le chrysanthème est également un des quatre « Junzi », dont la traduction libre est « membre de la noblesse ». Le prunus, l’orchidée, le bambou et le chrysanthème sont ensemble « les quatre nobles ». Chacun de ces nobles symbolise une saison : l’hiver pour le prunus, le printemps pour l’orchidée, l’été pour le bambou et l’automne pour le chrysanthème. Ces « Junzis » sont toujours utilisés dans l’art pictural de toute l’Asie. C’est cette symbolique riche qui est la raison pour laquelle on retrouve la fleur de chrysanthèmes à divers endroits, comme sur le passeport japonais et les pièces de 50 Yen par exemple. L’Ordre suprême du Chrysanthème existe encore aujourd’hui. Il s’agit de la plus haute distinction que puisse obtenir un citoyen japonais et qui lui est attribuée par l’empereur. Le chrysanthème est ainsi la seule fleur du monde à laquelle soit associée une aussi haute distinction.

Le bambou (take en japonais) ou le bambou nain (sasa), est une plante vivace et persistante. Le bambou, résistant, souple et à la croissance rapide, symbolise la force, la souplesse et la prospérité.  Il est assimilé, avec le pin et la prune, à la bonne fortune.

Le cymbidium asiatique, ou cymbidium goeringii de sa dénomination scientifique, ou bien encore shunran (« orchidée du printemps »), du fait de son appartenance à cette famille, est cultivé en Asie orientale depuis bien des siècles, notamment en Chine et au Japon, où ils sont aussi bien utilisés comme plantes d’ornements, comme condiments, ou encore comme motif artistique. Fleurissant entre mars et avril, sa simplicité, considérée comme rustique, en fait une plante d’agrément très appréciée dans les jardins japonais. Cette utilisation décorative était déjà avérée au sein de la Chine des Zhou (1046 – 256 av. J.-C.), le cymbidium étant alors considéré comme un classique de l’horticulture chinoise. Dans son utilisation comme condiment, les fleurs de cymbidium peuvent êtres bouillies et assaisonnées avec du vinaigre, ou encore salées et infusées pour le thé. Enfin, le shunran a depuis longtemps était utilisé comme motif décoratif dans les arts japonais, garnissant les compositions de peintures à l’encre, d’ustensiles dédiés à la cérémonie du thé, ou encore d’œuvres laquées : le cymbidium asiatique fait partie des « Quatre Messieurs » (shikunshi) dans l’univers artistique chinois, avec la fleur de prunier (ume), le bambou (take) et le chrysanthème (kiku), ces « Quatre Messieurs » sont figurés sur les œuvres d’Asie orientale aussi bien pour leur esthétique que pour ce qu’ils représentent : justice, pureté, humilité et persévérance.

Japon – époque Edo (1603-1868)

Hauteur : 6 cm – longueur : 13,5 cm – largeur : 10 cm